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Les franc-maçonnes

 

Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour que cette « aimable parodie » de maçonnerie soit sérieusement contestée par une femme, qui ose demander son initiation au même rang que les hommes.

Elle s’appelle Maria Deraismes. A partir de 1865, cette écrivaine et journaliste donne des conférences sur l’émancipation de la femme devant des maçons du GO. Elle apparaît bien trop avant-gardiste pour les frères… et même les « sœurs » d’adoption !

« Les véritables tyrans de la femme s’appellent : l’ignorance, la superstition, la légèreté, la vanité, la coquetterie, l’amour effréné du plaisir, déclare en 1861 l’épouse d’un membre du conseil de l’ordre du GO devant une loge d’adoption. La femme sera libre le jour où elle aura su s’affranchir des honteuses passions qui la subjuguent. » Maria Deraismes, elle, « dénonce le rejet des femmes comme étant responsable de leur goût pour la dévotion et la prostitution ». Opiniâtre, elle poursuit son combat pour devenir initiée, mais n’y parvient qu’en 1882, à 54 ans. Et quelle manœuvre !

Pour lui faire prêter serment et la reconnaître comme sœur, l’atelier les Libres Penseurs, au Pecq dans les Yvelines, quitte la Grande Loge symbolique écossaise… avant de se faire réintégrer sans la nouvelle apprentie !

Les franc-maçonnesDéception : cette première mondiale laisse le monde maçonnique indifférent. Pendant onze années, Maria Deraismes est franc-maçonne sans loge. Elle attend 1893, quelques mois avant de mourir, pour fonder, avec le Dr Georges Martin, la première obédience mixte, le Droit humain (DH).

L’initiative est méprisée par le GO, qui considère le DH comme une pseudo-maçonnerie, des « loges à femmes », et, 28 ans plus tard, ne reconnaît au sein du DH que les hommes !

« Les frères du GO se montraient très hostiles à l’initiation des femmes, parce qu’elles étaient sous la coupe des prêtres », explique Roger Dachez, président de l’Institut maçonnique de France. Ils craignaient qu’elles introduisent en loge des idées réactionnaires. Ce qui permet de comprendre aussi la forte réticence au droit de vote des femmes, y compris chez les radicaux-socialistes, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

En 1901, alors que les femmes constituent toujours un enjeu entre franc-maçonnerie et Église catholique, la tradition des loges d’adoption sous tutelle masculine est reprise par la Grande Loge de France (GLF). Sans doute pour contrer le développement du DH. « Chaque religion a ses dames de charité, ses dames patronnesses; nous serons, nous, les sœurs de dévouement; signalez-nous les infortunes de vos frères, de vos orphelins, de vos malades, de vos vieillards », peut-on lire, en 1910, dans une circulaire de la loge d’adoption la Nouvelle Jérusalem à tous les membres de la GLF.

Ces bons sentiments n’inspireront pas chez les frères un respect sincère pour leurs sœurs : par deux fois, en 1935 et en 1945, le convent de la GLF vote l’indépendance des loges d’adoption… alors qu’elles ne la demandent pas. « A la Libération, les femmes, accédant au droit de vote, ne pouvaient plus rester sous tutelle », observe aujourd’hui Michel Barat, 55 ans, grand maître de la GLF. « Les frères se sont débarrassés des sœurs dans l’espoir d’obtenir la reconnaissance des Grandes Loges anglaise et américaines », soutient, elle, Marie-France Picart, 57 ans, grande maîtresse de la Grande Loge féminine de France (GLFF).

C’est donc contraintes et forcées que ces femmes construisent une obédience féminine, qui prend le nom de GLFF en 1952. Le DH, qui fut florissant à la Belle Époque, doit, lui, se reconstruire, après les persécutions du régime de Vichy contre les francs-maçons.

L’expansion de la GLFF et du DH, les deux principales obédiences où se trouvent des femmes, se réalise surtout au cours des années 1970 et 1980. « Nous avions le feu sacré des pionnières, se souvient Andrée. Le week-end, des sœurs parisiennes allaient allumer des loges en province. » « Ah, que c’était exaltant! renchérit Gilberte, 76 ans, ancienne grande maîtresse de la GLFF. Nous étions des missionnaires, avec la conviction que notre action aidait à la libération de la femme. »

Pour ces bâtisseuses de loges, le grand bond en avant féministe a eu lieu quelques mois avant Mai 68, en décembre 1967, lorsque les parlementaires votent la loi autorisant la vente libre des contraceptifs. Une réforme très maçonnique puisque ses inspirateurs s’appellent Lucien Neuwirth, député et membre du GO, et Pierre Simon, médecin et frère de la GLF.

Beaucoup de sœurs du DH et de la GLFF militent pour la liberté de l’avortement et de la contraception. « Je suis devenue très féministe dans les années 1970, confie Hélène, styliste parisienne de 68 ans initiée il y a trente-deux ans à la GLFF. En réaction à mon éducation, selon laquelle la femme n’existe que mariée et soumise à l’homme chef de famille. »

« L’augmentation du nombre de divorces et de femmes actives, indépendantes, intellectuellement disponibles a favorisé l’entrée des femmes en maçonnerie », analyse Claude, proviseur de lycée de 52 ans, membre de la Grande Loge mixte universelle (GLMU). Depuis trente ans, la proportion de femmes dans la population active s’est en effet encore accrue, passant de 36,5% à 45,5%.

« Les femmes, marquées par des siècles de religion, ont découvert qu’elles avaient quelque chose à exprimer et aucune raison d’avoir un complexe d’infériorité vis-à-vis des hommes », lâche Annie, Marseillaise de 55 ans, artiste lyrique et initiée au DH.

 

 

 

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