Accueil - Tendances - People - Les mondains entre eux

Les mondains entre eux

 

Ces accointances vespérales se révèlent d’autant plus efficaces qu’elles sont insoupçonnables. Anecdote à l’appui : A l’été 96 le gouvernement et l’Élysée s’acharnent à sauver la compagnie Air Liberté, dramatiquement déficitaire. Or, le principal actionnaire d’Air Liberté n’est autre que le banquier Rivaud, par ailleurs gestionnaire des finances du RPR…

De surcroît, les Rivaud entretiennent un réseau mondain où figure une recrue de choix, Bernadette Chirac. L’épouse du président est une assidue de longue date des dîners donnés rue de la Bienfaisance, chez le comte de Ribes, patron du groupe Rivaud jusqu’à l’automne 96. Le 19 juin 96 au soir, quelques dizaines d’invités étaient d’ailleurs conviés chez les Ribes à fêter l’anniversaire de … Bernadette Chirac.

Le décor est chaque fois le même. Intérieur bourgeois parisien, des tables de sept ou dix personnes, pas plus. ‘Au-delà, on ne s’entend plus, ça fait banquet, observe une maîtresse de maison. Si nous sommes plus de douze, je préfère un buffet.’ Comme Jacques Attali, qui convie, le dimanche, à un brunch à la bonne franquette où l’on a des chances de se retrouver à tailler le saucisson entre Carole Bouquet et Jean Claude Trichet assis sur l’évier de la cuisine.

Les dîners ont leur saison et l’occasion fait le larron : il y a les soupers au Carlton pendant le Festival de Cannes, les déjeuners organisés par Publicis pendant Rolland Garros.

Les 'mondains' entre euxMais il y a plus sélect encore : les projections RTL. Un lundi par mois les heureux élus sont conviés rue Bayard, au siège de la station de radio, à la projection d’un film en avant-première présenté par Philippe Labro, l’hôte de la soirée. Après le film est donné un souper par petites tables.

Les mêmes, ou à peu près se retrouvent, en juillet, à Aix. ‘Le festival ? C’est dix dîners parisiens en un entracte avec le charme de la province en prime !’ décrète une fidèle. Aux dîners proprement dits, le menu varie étrangement peu. Il est fin mais léger, surtout, ‘car ces gens-là déjeunent’, reprend l’experte. En entrée, le risotto, aux truffes blanches exclusivement, a remplacé le soufflé.

L’hiver on offre une soupe de potiron (servie dans le potiron), et l’été, le gaspacho. Ensuite, un carré d’agneau, un bar poché ou bien des filets de rougets feront l’affaire, accompagnés, en saison, par des asperges.

Les observateurs notent que les tagliatelles au saumon ou à l’aneth ont quitté la carte. Salade et fromage ne sont plus obligatoires. Au dessert, des glaces ou, l’été, une soupe de fruits rouges.

Il ne s’agit pas de faire assaut de mets compliqués qui mettraient les convives mal à l’aise et nuiraient à la conversation. Ni d’enchaîner interminablement les plats. On dîne tôt et on part tôt. A peine minuit sonné, une fois le jus d’orange ou le thé à la menthe servis, les invités prennent congé.

Combien sont-ils ? Quelques centaines, peut être, à mener assidûment le jeu des invitations. Quelques milliers dans leur sillage. Difficile de savoir. Hors de son cercle, le dîneur est, par essence, discret. ‘Je ne suis pas très dîners en ville, affirme Nicky Fasquelle, qui a pourtant la réputation d’être une hôtesse délicieuse.

D’ailleurs, je ne sais pas ce que cela veut dire. Moi, j’invite des amis. J’ai de la chance d’avoir un métier où l’on rencontre des gens passionnants, qui sont devenus souvent des amis. Je suis ravie qu’ils fassent connaissance.’ CQFD.

Les orfèvres du plan de table se recrute aussi bien dans les sphères de la politique que dans celles des médias ou du patronat. ‘Le dîner parfait est une trilogie, entre la mise en scène, la qualité du repas et la conversation, qui doit être gaie, drôle et intéressante’, analyse Solange Stricker, conseillère en communication, qui reçoit chaque semaine chez elle.

L’équilibre est fragile, le faux pas, facile. Et le dîneur est ingrat. Il conspuera l’intérieur clinquant où le côté fourre-tout d’une table mal composée chez Claude Bébéar, patron d’Axa, le repas d’affaires à peine déguisé, comme chez Martin Bouygues, où, se plaint un convive, chaque couvert a trop clairement sa justification. Car il est de bon ton de dire qu’on s’y ennuie à périr.

Après tout, le dîner en ville est bien une simple réunion d’amis. ‘On veut qu’ils soient heureux, même avec une simple boîte de sardines’, affirme sans rire une maîtresse de maison. Le dîneur ingrat, lui, déplore l’humour qui se meurt et la gratuité qui se perd.

Tous célèbrent l’élégance vraie : celle de Liliane et Élie de Rothschild, charmant couple d’octogénaires, qui n’attendent rien des gens qu’ils reçoivent dans leur hôtel particulier de la rue de Courcelles. merveilleuse exception, note Marc Lambron : ‘Il y a de moins en moins de Guermantes et de plus en plus de Verdurin.’

 

 

 

Cet article vous a plu ?

Ecriture
Pertinence

Donnez une Note ...

User Rating: 3.8 ( 1 votes)

A Voir aussi

Préparer sereinement la rentrée

  Après avoir bien profité de l’été, le mois de septembre et la rentrée sont …

Laisser un commentaire